Fixations de randonnée et sécurité


Nous parlerons ici de l’évolution des fixations de randonnée type Low Tech vers des modèles plus complexes, mais mieux sécurisés. Le nombre d’accident dus aux fixations Low Tech qui ne se sont pas déclenchées correctement est important. Il est de bon ton de le minimiser, mais c’est une erreur. En tant que médecin et skieur, j’ai constaté de nombreuses blessures dues à des fixations de ce type qui ne se sont pas déclenchées lors des chutes. Leur amélioration est un progrès.

Fixation de ski de randonnée ISO 13992

JUIGNET, Patrick. Fixations de randonnée et sécurité. In : Le Pays de neige. 03/09/2020. URL :  https://paysdeneige.fr/fixation-randonnee-securite.


Le système Low Tech

Dynafit est le premier exploitant du système Low Tech dont le brevet est devenu public en 2007. Il s’agit d’un système dit en anglais à « pins », ce qu’on peut traduire par tiges. Le mécanisme utilise des courtes tiges coniques pour la butée et des tiges cylindriques (baïonnettes) pour la talonnière. Ces pins viennent se placer dans les logements métalliques prévus pour cela, les « inserts » fixés sur la chaussure.

Le terme Low Tech (technologie simple) correspond d’abord à la recherche d’un « low weight » (bas poids). Et effectivement, de ce point de vue, c’est une réussite.

L’ouverture des fixations pour libérer la chaussure en cas de chute est particulier. C’est la talonnière qui débute le déclenchement dans ce type de fixations. Le déclenchement latéral se produit par rotation et le déclenchement vertical par écartement des tiges de la talonnière. La butée déclenche secondairement par ouverture des mâchoires.

Avantages et inconvénients des Low Tech

Les fixations Low Tech sont très légères, ce qui est un avantage pour la randonnée. Elles apportent une certaine sécurité, mais qui présente des failles. Voyons-les.

Courbure du ski

Si le ski se courbe fortement à cause d’une chute, butée et talonnière se rapprochent.

Animation Copyright TDR Skipass

Une bonne fixation de ski doit compenser le raccourcissement de la distance entre la talonnière et la butée, lorsque le ski se courbe. Les fixations Low Tech traditionnelles le font grâce à un espace (environ 4,5 mm) derrière le talon de la chaussure. L’espace préconisé est variable selon la fixation, si bien que parfois, ce réglage est mal fait et l’espace inadéquat. (Au sujet du réglage, voir l’article dans Skimo : Mind the Heel Gap. In : Skimo. 2020. https://skimo.co/tech-binding-heel-gaps)

Si la déformation du ski est importante, les tiges de la talonnière viennent buter contre l’insert et parfois même contre la chaussure. Le mécanisme se coince et le déclenchement se passe mal ou pas du tout. C’est le plus grave défaut.

Les nouvelles fixations de randonnée, plus sophistiquées, utilisent un ressort qui permet d’absorber le raccourcissement, tout en maintenant la talonnière en position (elles donnent une possibilité d’allongement à l’ensemble). Elles permettent pour la plupart 10 mm d’allongement. C’est une amélioration intéressante.

Absence d’élasticité au déclenchement

Autre problème, l’absence d’élasticité des fixations Low Tech, qui fait que le déclenchement n’est pas progressif mais brutal et qu’il peut dans certains cas être prématuré et malvenu. Deux risques : le déchaussage intempestif à vitesse élevée suite à un petit choc et la perte d’un ski dans une pente raide. Certains conseillent donc de bloquer ce type de fixations dans les pentes raides pour éviter une telle perte.

Ce risque est tempéré par des fixations présentant une élasticité au déclenchement. L’inconvénient est que ça ralentit le déchaussage à basse vitesse, mais le gain global est certain.

Ce facteur est pris en compte dans la norme. L’élasticité permettant d’absorber les chocs sans déclencher a été améliorée sur les nouvelles fixations de randonnée ce qui leur permet de répondre à la norme ISO 13992.

Inefficacité en torsion ou vrillage

Autre défaut des Low Tech : moins sophistiquées que les alpines, elles sont moins aptes à déclencher dans les situations délicates (torsion, vrillage). Ces aspects ont été améliorés mais selon le magazine Alpin :

« Selon les valeurs que nous avons déterminées sur le banc d’essai, ces fixations ne se relâchent pratiquement pas en cas de chute de torsion, même avec un nombre Z très faible (valeur de relâchement). Des blessures graves peuvent en résulter ». Source : https://www.alpin.de/tests-produkte/38390/artikel_test_die_besten_leichten_pin-skitourenbindungen_2020.html

Et donc…

Il a fallu des améliorations sur tous ces points pour obtenir la certification ISO 13 992. Cela ne concerne que certaines fixations de randonnées. Pour obtenir ce résultat, la technologie simple s’est complexifiée et le poids a augmenté. On n’est plus vraiment dans du Low Tech !

Normes et Certification

Les normes définissent les caractéristiques des fixations dans les mêmes conditions, ce qui rend les tests fidèles et comparables entre eux. Rassemblées sous une appellation numérotée, un ensemble homogène de normes garantit la fiabilité du fonctionnement et la sécurité apportée par la fixation. Pour les fixation de randonnée, c’est la ISO 13992 qui synthétise et garantit la qualité de la fixation.

La norme ISO 13992 est faite pour la randonnée. Elle est proche de la norme alpine 9462 en terme de déchaussage, mais comprend une modification concernant la forme des semelles et un test en mode montée. Elle décrit précisément les valeurs de déclenchement de la fixation sur une échelle de réglage.

Elle inclut deux autres normes qui sont spécifiées à part, car elles sont chacune volumineuses : la norme ISO 11087 qui concerne les dispositifs de retenue et la norme ISO 9465 qui concerne le déclenchement latéral sous un choc. 

Sigle norme ISO

Référence : https://www.iso.org/fr/standard/38627.html

Note : La norme pour les chaussures de randonnée est la 9523. Elle décrit leur forme spécifique, la matière de semelle antidérapante. Les tests des fixations sont faits pour des chaussures répondant à cette norme.

L’institut allemand de certification TÜV (Technischer Überwachungsverein) vérifie que les modèles répondent à ces normes et donne ou pas sa certification.

Sigle de la certification TÜV

La plupart des fixations Low Tech ne répondent pas à la norme ISO 13992. Pour le moment (année 2020), six fixations ont obtenu la certification TÜV attestant qu’elles sont conformes à cette norme ISO.

Une norme n’est pas qu’une série de mesures sur certaines qualités techniques, elle garantit la fiabilité du fonctionnement et certifie un degré de sécurité. Cette sécurité n’est pas parfaite, mais on a au moins un minimum garanti. Voyons maintenant les différentes fixations de randonnée mieux sécurisées présentes sur le marché en 2020 /2221.

Les fixations répondant à la norme

¤ La fixation Dynafit ST Rotation

Dynafit ST rotation

La butée rotative optimise le déclenchement latéral qui ne se fait plus seulement à partir de la talonnière. Cette dernière dispose d’un ressort de poussée qui permet un débattement longitudinal de 10mm. Le déclenchement reste possible lorsque le ski est fortement fléchi.

Poids : aux alentours de 600 g par unité avec stop-skis ; voir ci-dessous le détail.

>> Modèle ST Rotation 12 – 605 g avec stop-ski – 90 ; prix conseillé fabricant : 520 €.
>> Modèle ST Rotation 10 – 599 g avec stop-ski – 90 ; prix conseillé fabricant : 510 €.
>> Modèle ST Rotation 7 – 590 g avec stop-ski – 92 ; prix conseillé fabricant : 470 €.


¤ Les fixations Fritschi

Vipec

Vipec Evo

La butée a un double mouvement, un déplacement latéral et un par ouverture des mâchoires. Le déclenchement par choc latéral se fait à partir de cette butée. Elle a une élasticité latérale importante.

La talonnière est à tiges (baïonnettes) et non rotative. Elle dispose d’un ressort de poussée qui permet un débattement longitudinal (de 10mm). Les tiges s’écartent pour laisser sortir la chaussure verticalement si la force est suffisante. Le talon est en contact direct avec le ski via le support (pas d’espace libre entre les deux).

>> Poids 500 g par unité sans stop-ski, compter 580 g avec stop-ski ; prix conseillé fabricant : 490 €.

Tecton 12

Tecton 12

La butée est à déplacement latéral et ouverture des mâchoires (idem Vipec). Elle a une élasticité latérale importante.

La talonnière alpine dispose d’un ressort de poussée avec un allongement de 10 mm pour absorber déformation du ski et une élasticité vertical de 9 mm pour éviter les déclenchements intempestifs. Elle remonte pour libérer la chaussure. Le talon est en contact direct avec le ski via le support (pas d’espace libre entre les deux). Avec ce modèle, on s’éloigne sérieusement du principe Low Tech. Le poids reste contenu. (Testée ici)

>> Poids : 550 g par unité sans stop-ski, 630 g avec stop-ski ; prix conseillé fabricant : 540 €.

Test de la Tecton 12

¤ La fixation Marker Kingpin

Marker Kingpin

La butée est classique à cônes et fonctionne par ouverture des mâchoires. La talonnière est de type alpin avec un débattement permettant d’absorber la déformation du ski et une élasticité (mesure non précisée). Plutôt destinée à la freerando.

>> Poids : 680 g par unité avec stop-ski ; prix conseillé fabricant : 490 €

¤ La fixation Shift (Atomic, Salomon, Armada )

Shift

La butée est mixte, passant de système à pins pour la montée à un système alpin pour la descente. La talonnière est de type alpin. On est plus vraiment dans du matériel de randonnée, mais de « freerando ».

>> Poids par fixation : 885 g ; prix conseillé fabricant : 490 €

Test de la Shift

¤ La Fixation Marker Duke


Même principe que la Shift mais avec une subtilité, elle est modulable : pendant la montée, on peut enlever la pièce de butée qui sécurise la descente. Le poids au pied est diminué de 300 g, mais pas dans la sac puisqu’il faut emmener la pièce. La talonnière est alpine.

Son poids la destine à la freerando.

>> DIN 4.0 – 12.0 – Poids montée / descente : 850 g /1150 g ; prix conseillé fabricant : 550 €

Les fixations mieux sécurisées, mais ne répondant pas à la norme

Pour finir, nous présentons des fixations qui sont un intermédiaire intéressant : ça reste du Low Tech et elles sont mieux sécurisées, mais elles ne répondent pas à la norme ISO.

¤ Les fixations ATK Raider et Crest

ATK, entreprise italienne, propose sur certaines de ses fixations un système d’allongement élastique (8 mm de jeu longitudinal en plus des 4 mm d’espace) sur la talonnière pour améliorer le déclenchement en cas de compression par flexion. Un effort a été fait sur la butée des modèles Raider pour éviter l’accumulation de neige / glace / débris qui sont un facteur de dysfonctionnement.

Malgré les améliorations, ces fixations ne sont pas certifiées ISO, car elles ne remplissent pas toutes les conditions : l’élasticité est insuffisante et le déclenchement en torsion n’est pas prévu. Avantage : elles restent légères et dans l’esprit minimaliste des Low Tech.

Modèles :
>> Raider 10 ou 12 – 335 g avec freins ; prix conseillé fabricant : 550 €. (photo de droite)
>> C- Raider 12 – 305 g avec freins ; prix conseillé fabricant : 480 €. (photo de gauche)
>> Crest 8 ou 10 – 280 g avec freins ; prix conseillé fabricant : 380 €.

¤ La fixation Fritschi Xenic

Fixation Xenic

Les tiges de la talonnière tournent sur elles-mêmes et sont indépendantes, ce qui permet un réglage du déclenchement précis. La compensation de la flexion du ski est assurée par un jeu 10 mm par ressort et de 1 mm d’espace. La butée avant, à déclenchement par mouvement latéral, a une élasticité qui absorbe les petits chocs, ce qui et évite un déchaussage intempestif.

>> Xenic 10 – 280 g sans freins et 353 g avec ; prix conseillé fabricant : 350 €.

Conclusion

Il ne s’agit pas de tests mais d’une présentation. Les caractéristiques données sont celles fournies par les fabricants. Notons que le poids est généralement sous-estimé (de 20 à 40 g).

Les fixations de randonnée qui remplissent le cahier des charges ISO 13992 sont lourdes. Mais vous aurez une fixation fiable dans la plupart des circonstances.

Plus de poids, c’est le prix à payer (en effort à la montée) pour une meilleure sécurité à la descente. Si cela permet d’éviter une fracture, une rupture de ligaments ou de tendons, il est préférable de faire un peu plus d’efforts. Mais il y une limite ; un poids de 700 g ou 1000 g n’est envisageable que pour de faibles dénivelés.

Il existe des intermédiaires intéressants avec certains modèles de chez ATK et surtout la Xenic, aux alentours de 300g .

Les améliorations techniques ne résolvent certes pas tous les problèmes, mais en matière de sécurité tout progrès est bon prendre !

Webographie :

Test : die besten leichten pin-skitourenbindungen 2020. In : Alpin. 2020. URL : https://www.alpin.de/tests-produkte/38390/artikel_test_die_besten_leichten_pin-skitourenbindungen_2020.html

DAWSON Lou. Din iso binding standeards 13992 et 9462 explained ans compared. 2014. https://www.wildsnow.com/14843/din-iso-13992-binding-release-safety-testing-summary/

Dr Matos. Le déchaussage des fixations à inserts. In : Skipass. 2015. URL : https://www.skipass.com/news/125591-dr-matos-le-dechaussage-des-fixat.html

OLSON , Maréchal. How Ski Bindings Work. In: Blister . URL : https://blisterreview.com/at-binding-reviews/bindings-201

2 commentaires

  1. Salut Vallorcin! Merci pour cette revue de matériel. Juste un petit correctif auquel je tiens pour avoir fait partie des premiers utilisateurs de la version initiale: Dynafit n’a pas inventé le système Low Tech, il s’est contenté de racheter le brevet du génial inventeur indépendant Fritz Barthel, après que sa fixation ait tourné et fait ses preuves pendant quelques années en autoproduction (premier proto de Barthel en 83, achat du brevet par Dynafit en 1989)
    A la décharge de Dynafit, ils rendent hommage à Barthel , et à sa « philosophie » à laquelle j’adhère: « Laziness drives progress »:

    Amitiés
    Alain de la MSP

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