Évaluer le risque d’avalanche

Nous nous limiterons dans cet article à l’évaluation du risque lors d’une course de neige. Plusieurs types d’informations doivent être combinées pour évaluer ce risque.

Avalanche poudreuse
Avalanche de poudreuse

JUIGNET, Patrick. Évaluer le risque d’avalanche. In : Le Pays de neige. 2/03/2020. URL : https://paysdeneige.fr/le-risque-avalanche/


1/ Consultation du bulletin neige et avalanche

Consultation

C’est le moyen le plus simple de se renseigner. Le bulletin avec le niveau de risque journalier est généralement affiché en station. Il est aussi consultable sur le web.

En France, il y a un bulletin régional fourni chaque jour. Exemple pour la Haute-Savoie : http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-montagne/bulletin-avalanches/haute-savoie/avdept74

Il y a aussi un bulletin par massif. Exemple pour le massif du Mont-Blanc : http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-montagne/bulletin-avalanches/mont-blanc/opp03

Ces bulletins concluent par des évaluations finales explicitées ci dessous.

Utilisation des indications du bulletin

Le guide Werner Munter a mis au point en 1997 une méthode simplifiée de réduction des risques, que tout le monde peut appliquer facilement. Elle combine le niveau de risque et la raideur de la pente.

On peut, selon nous, la résumer par quatre recommandations :
• par risque limité (niveau 2), skier dans des pentes inférieures à 40°.
• par risque marqué (niveau 3), skier dans des pentes inférieures à 30° et ne pas s’exposer à des pentes à plus de 35° ou 40°.
• par risque fort (niveau 4), skier dans des pentes inférieures à 25° et ne pas s’exposer à des pentes à plus de 30°.
• par risque très fort (niveau 5) ne pas sortir en montagne.

2/ Consultation du bulletin Météo Montagne

La consultation du bulletin météorologique est aussi facile et indispensable pour prévoir sa course en montagne. Outre qu’elles conditionnent le déroulement de la sortie et les vêtements à prévoir, les conditions météo jouent de manière importante sur le risque avalancheux.

Consultation

Les prévisions sont affichées en station ou sont consultables sur le web.

Exemple pour Chamonix :

https://www.chamonix.com/meteo,11,fr.html

http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-montagne/chamonix-mont-blanc/74400

Utilisation

Il faut noter :

  • La hauteur de neige dernièrement tombée ou celle attendue.
  • L’ensoleillement.
  • La température et son évolution .
  • La possibilité de pluie et son intensité.

L’évolution de la température, une nouvelle chute de neige, de la pluie influent sur le risque d’avalanche. Nous verrons l’effet de ces facteurs en fonction du type de neige rencontré.

3/ Consultation des cartes de risque

Une nouvelle méthode a vu le jour, basée sur les statistiques des accidents ayant eu lieu dans les mêmes conditions. Certaines zones regroupent jusqu’à 90% des accidents. Il est donc de bon sens de s’en méfier !

Consultation

* Yeti

Camp to camp promeut un outil informatique de préparation de course nommé YETI : https://www.camptocamp.org/yeti

* Skitourenguru

En Suisse, l’application Skitourenguru permet d’évaluer facilement le risque présent sur un itinéraire : https://www.skitourenguru.ch/

Pour la France, l’application est expérimentale et limitée à la région de Grenoble (en février 2020) :

Page d’avertissement sur l’utilisation. Cliquer sur [oui] pour passer à l’utilisation.

Utilisation

Lors de la préparation de la course, le risque pour les zones traversées par l’itinéraire choisi est indiqué sur la carte. On peut évaluer s’il est acceptable. On peut noter les points cruciaux où l’on doit passer malgré un risque jugé limite et pour lesquels on devra évaluer, une fois sur place, s’il convient de poursuivre ou pas. Cela permet aussi de visualiser sur la carte et de prévoir des trajets alternatifs, pour les cas où, sur le terrain, le risque semblerait plus élevé que prévu.

Que faire lors de la préparation, si on suspecte un risque important ?

Une partie important de la prévention du risque se joue lors de la préparation de la randonnée. Devant un risque important on peut choisir une autre course ou simplement prévoir un cheminement différent avec plus de sécurité.

4/ Évaluation du risque en situation

Classiquement, on observe et on évalue cinq paramètres : la qualité de la neige + le degré de pente + l’orientation de la pente + l’environnement général + l’évolution météo (précipitations et température).

Ceci concerne la zone où l’on se déplace, mais aussi la zone alentour et, en particulier, les pentes au-dessus de soi sur lesquelles il peut y avoir des départs spontanés.

Nous partirons, pour évaluer le risque en situation, de quatre qualités de neige qui donnent chacune des risques différents : neige fraîche, neige ventée, neige en plaque, neige humide.

1/ Neige fraîche et poudreuse

C’est la plus tentante pour le skieur et elle a donc tendance à faire augmenter la prise de risque !

Le risque augmente avec

  • L’épaisseur de neige (acceptable pour 10 à 20 cm, il est important pour 40 à 60 cm ).
  • La pente (faible sur une pente à 20°, il devient moyen à 30 ° et fort à 40°).
  • Le manque d’adhérence de la nouvelle couche (risque fort sur fond dur, maximal sur la glace)
  • Une basse température (-8 à -15 °C) qui garde la neige pulvérulent et croulante.

Par exemple, 60 cm de neige tombée dans la nuit, sur un fond dur et une pente à 40°, donnent un risque très important. Près d’une arête en altitude, l’accumulation sur une pente froide donne un risque très important.

Les signes d’un risque élevé à rechercher systématiquement sont : coulées déjà présentes, neige croulant sous les skis, l’existence de zones d’accumulation, l’existence d’un fond dur peu adhérent.

Photo ci-dessous : Une avalanche spontanée de neige fraîche a bouché la combe située en bas de la pente (secteur de la Vierge, Chamonix).

Avalanche de neige fraîche

Photo ci-dessous : une coulée de neige pulvérulente a recruté de la neige fraîche plus bas et s’est transformée en avalanche de poudreuse dans la forêt (Vallon de Bérard, Vallorcine).

Avalanche de poudreuse

2/ Neige Ventée

Lorsque la neige a été soufflée par le vent, trois cas se présentent : soit on a affaire à une neige tassée et stabilisée par le vent, soit on a affaire à une neige transportée pulvérulente, soit a affaire à une une neige fritée et compactée en plaque.

Neige tassée : Dans le premier cas le risque est faible.

Neige ventée tassée

Neige pulvérulente : dans ce second cas, le risque vient des zones de forte accumulation. On les trouve sous les crêtes et sous les ressauts, si le vent a été orienté de manière constante ou n’importe où, si le vent a été irrégulier et tempétueux. On revient au cas précédent (neige fraîche poudreuse) ; le risque est élevé pour une neige épaisse, pulvérulente, posée sur un fond peu adhérent. On reconnait ces zones à leur aspect mat et pulvérulent. Le risque d’une coulée se transformant en avalanche est toujours présent dans ces conditions.

Neige fritée en plaque : dans ce troisième cas, celui des « plaques à vent », le danger est majeur, mais le risque est très difficile à évaluer. Le danger de cette plaque homogène et compacte, qui ne se différencie pas de la neige environnante, vient de ce quelle peut reposer sur une couche fragile ou sur un fond peu adhérent et donner une avalanche de plaque.

3/ Neige en plaque

C’est le cas le plus traître et le plus difficile à évaluer. Le problème est vient des « couches fragiles ». La rupture d’une couche fragile donne une avalanche de plaque qui est la source majeure des accidents. Les avalanches de plaque correspondent le plus souvent à des avalanches provoquées et les accidents mortels sont dans la majorité des cas liés à ces avalanches provoquées (source : http://www.meteofrance.fr/prevoir-le-temps/phenomenes-meteo/les-avalanches). 

Les sous-couches fragiles sont invisibles. Classiquement, la couche fragile est formée de cristaux de neige en « gobelets » qui se sont formés par refroidissement rapide de neige fraîche. Mais certains remaniements au cours de l’hiver donnent une structure feuilletée formant de nombreuses couches fragiles.

Voici une vidéo montrant la rupture d’une plaque posée sur une couche fragile. Le premier skieur passe sans problème mais, lorsque le second skieur passe, prudemment, dans la trace déjà faite, la plaque se décroche au dessus de lui et on assiste à une large propagation sur toute la face.

Selon Samuel Morin de Météo France :

… un manteau neigeux peu épais en début de saison est soumis à des contrastes élevés de température entre le sol (plus chaud) et l’atmosphère (plus froide), ce qui conduit à la transformation de la neige en structures dites  facettées  ; celles-ci, surmontées de couches de neige plus récentes et plus cohésives, peuvent constituer une « structure de plaque » susceptible de conduire à des avalanches accidentelles lors du passage d’un skieur.

À l’inverse, un manteau neigeux construit dès le début de la saison par des chutes de neige régulières et peu intenses ne sera pas nécessairement caractérisé par une instabilité marquée, même si les cumuls de neige sont élevés. Le vent ajoute à la complexité à cette problématique en modifiant les propriétés de la neige en surface et en la déplaçant. (http://www.meteofrance.fr/actualites/46651500-moins-de-neige-ne-veut-pas-dire-moins-d-avalanches)

Signes d’alarme : souvent aucun et là réside le danger. La plaque se confond avec le manteau neigeux. La couche fragile en dessous est évidemment invisible. Au dernier moment, des bruits anormaux, des fissures dans la couche superficielle peuvent alerter.

Pour suspecter les couches fragiles, il faut avoir suivi attentivement l’évolution du manteau neigeux au cours de l’année. Concernant les plaques à vent, elles sont souvent près des crêtes, soit avant et « sous » le vent, soit après la crête, « dans » le vent. Dans ce dernier cas une corniche doit alerter. On peut aussi faire le test de glissement d’un bloc de neige pour détecter une couche fragile. Cependant en randonnée on n’a généralement pas le temps de faire ce type de test. Pour la technique voir ici : (http://www.anena.org/6935-dossier-les-tests-de-stabilite-du-manteau-neigeux.htm)

Photo ci dessous : l’accumulation due au vent a formé une plaque qui, posée sur un fond dur peu adhérent, et la plaque a glissé sous son propre poids.

Plaque à vent partie dans la pente

Le cas des plaques de fond est identique. La neige, compactée en plaque, forme un manteau solide. Le problème vient de la sous-couche posée sur un sol chaud ou ruisselant, ce qui donne des avalanches dites « de fond » ou des glissements de « plaques de fond » qui ouvrent des « gueules de baleine ». Les pentes sud et ouest sont les plus exposées à ce type de phénomène.

À observer : la présence visible de gueules de baleine. Immédiatement avant l’avalanche, on peut être alerté par des bruits anormaux, des fissures dans la couche. Le risque augmente avec l’ensoleillement et la montée de la température.

4/ Neige lourde et humide

La neige peut être rendue humide par sa propre fonte sous l’effet de la montée de température ou par la pluie. Concernant la pluie, l’orientation compte peu, toutes les pentes sont touchées. Plus elle est lourde et molle, plus le risque de déclenchement d’une coulée ou d’une avalanche augmente.

Signe d’alarme : neige très molle fondante ou se colorant sous l’effet des remontées de minéraux, augmentation de la température dans la journée au cours de la randonnée, boulettes commençant à rouler dans la pente sous l’effet du réchauffement.

Ci-dessous sur la gauche, une avalanche de fond ouvrant des gueules de baleine laissant voir la terre et vers la droite, une avalanche de neige lourde et humide formant les boulettes.

Avalanches de fond et de fonte

Que faire en situation, si on détecte un risque jugé trop important ?

Sur place, il apparaît que la situation a changée et que le risque augmente. Que faire ?

  • Le risque est très important et/ou généralisé : la seule bonne solution est de renoncer et de prendre l’itinéraire de sortie jugé le plus sécurisant. Lors du cheminement, il faut augmenter les distances de sécurité et ne s’arrêter que dans des zones protégées.
  • Le risque est important mais localisé : on peut alors changer d’itinéraire et contourner la zone exposée. Si on a prévu un trajet alternatif lors de la préparation, on emprunte ce trajet.
  • Le risque est en accroissement en raison d’une grosse chute de neige ou d’un accroissement de la température durant le trajet: il faut raccourcir le parcours et prendre l’itinéraire le plus sécurisant pour le retour.

Webographie

En complément, un excellent article d’Alexandre : Bilan des accidents en avalanche pour la saison de ski 2019/20. Disponible à l’adresse : https://www.skipass.com/news/200979-bilan-avalanches-2019-2020.html