Conduite d'une randonnée à ski ou d'un trajet freerando

Le but d’une randonnée à ski est de profiter de la beauté de la montagne et du plaisir de glisser dans la neige. Nous parlerons ici des conditions pour y parvenir sans danger et en toute tranquillité.

Randonnée à ski
Départ de la randonnée

Auteur : Patrick JUIGNET. Date : 03/02/2020. URL : https://paysdeneige.fr/conduite-randonnee-ski/

Avertissement

Ce topo est basé la méthode du guide Werner Munter selon qui, pour conduire correctement une course de neige, il y a trois points à considérer à trois moments différents.

  • Les trois aspects : 1/ La nivologie et la météo 2/ Le terrain à parcourir 3/ Les facteurs humains.
  • Les trois moments : 1/ Avant lors de la planification de la course 2/ En situation au début et pendant la course 3/ Sur la zone parcourue à chaque instant.

Il ne s’agit pas ici d’alpinisme, pratique qui pose d’autres problèmes, mais de randonnées à ski en haute et moyenne montagne ou de pratiques dites « free ride » ou « free rando » ; la différence entre les deux types de pratiques tient à la proportion de dénivelé positif, à un état d’esprit plus « montagne » ou plus « descente ». Le point commun est que l’on s’expose aux dangers de la neige en montagne et qu’il faut donc respecter certaines manières de faire pour minimiser les risques.

1/ La phase de préparation

La préparation se fait quelques jours avant, surtout la veille, avec une réévaluation le matin de la course (en cas de changement dans les conditions).

– Les conditions générales

Il faut avoir des renseignements sur les conditions de neige. On peut faire une reconnaissance préalable, s’informer auprès des experts locaux (gardien de refuge, guides, amis, etc.) ou sur le web en consultant les courses faites récemment dans le secteur (Skitour, Camp to camp, La chamoniarde, etc.)

– La nivologie et la météo

On consultera obligatoirement le bulletin nivologique par rapport aux risques d’avalanche (voir l’article : Le risque d’avalanche) et le bulletin météorologique par rapport aux intempéries prévisibles.

– Le choix de l’itinéraire

Si on ne le connaît pas déjà parfaitement, la préparation de l’itinéraire se fait sur la carte au 1 : 25 000, par lecture des topos-guide, par la consultation de ses propres notes et souvenirs récents. Le site IGN rando propose une consultation gratuite des cartes IGN sur le web, ce qui leur donne une très bonne visibilité (Site IGNrando). Skitour propose des topos régulièrement revisités par les participants.

Une information importante est la durée moyenne ou horaire indicatif de l’itinéraire choisi.

– La préparation du matériel

Le mieux est de tout préparer la veille.

  • Pour se déplacer : skis, peaux, couteaux, bâtons.
  • Le matériel de sécurité classique : pelle, sonde, DVA. Si on traverse une zone de glacier : baudrier, mousquetons, piolet, broche à glace, corde. Si on doit faire une montée raide et exposée : piolet, crampons, casque, corde.
  • Le matériel d’orientation : carte, boussole, gps, téléphone avec application cartographique.
  • Eau et nourriture, vêtements supplémentaires.

– La concertation préparatoire

En groupe, restreint ou large, une concertation avec les participants à la course est indispensable, afin de se mettre d’accord et d’établir une cohésion. Elle peut se faire la veille lors d’une réunion, ou par téléphone ou le jour même, avant le départ.

En groupe restreint homogène (par exemple deux coéquipiers) on peut se concentrer sur les conditions et le choix de la destination.

En groupe large, il faut s’assurer que la condition physique et psychique, l’équipement, le niveau de compétence et l’expérience de chacun, sont compatibles avec la course envisagée. Le responsable du groupe doit être clairement désigné et accepté. Il faut prévenir les participants qu’en cas d’incident ou de risque imprévu des changements d’itinéraire ou d’objectif seront envisagés. Il est indispensable d’indiquer que les règles de progression assurant la sécurité devront être respectées.

La concertation préparatoire est parfois faite au tout début sur le terrain.

Randonnée glaciaire

2/ Sur place au tout début

On se rend vite compte si la situation nivologique et météorologique correspond à ce qui était prévu. Si c’est le cas, on démarre la course par le contrôle habituel du matériel et en particulier du DVA. En groupe large, on teste les DVA de chacun et on vérifie que plusieurs personnes aient un téléphone et connaissent le N° de secours Européen (le 112) et éventuellement un numéro spécifique (par exemple celui du PGHM de Chamonix).

Dans le cas contraire, si les situations nivologique et/ou météorologique ont changé, il faut évaluer ces changements et en tirer les conséquences.

– Les changements nivologiques

En cas d’augmentation du risque d’avalanche, une modification du programme est souvent nécessaire (voir l’article Le risque d’avalanche qui traite de l’évaluation des risques d’avalanche).

– Les changements météorologiques

Il faut évaluer la possibilité d’affronter les changements qui s’annoncent. Deux situations différentes, mais qui peuvent se cumuler :

Mauvaise visibilité : on doit évaluer si sa représentation mentale du terrain est suffisante pour palier cet inconvénient, tout particulièrement concernant le relief (présence de barres rocheuses, crêtes, rupture de pente), les dimensions, l’exposition, l’inclinaison des pentes. Selon que l’on dispose – ou pas – d’un GPS ou d’une application sur téléphone (comme Iphigénie), la question de la poursuite de la course par mauvaise visibilité se pose.

Durcissement des conditions par chute de température, vent, pluie, neige : avons-nous l’équipement adéquat ? En groupe large, TOUS les participants ont-ils la condition physique et les vêtements suffisants pour affronter un grand froid, de la pluie, un fort vent, de la neige ? Si ce n’est pas le cas, il faut proposer des modifications.

Réchauffement : On rejoint le problème du risque d’avalanche en fin de journée par fonte du manteau. Questions : risque-t-on de finir trop tard ? Les pentes à traverser sont elles exposées sud ou ouest ? Si ces deux conditions sont réunies, il faut envisager des modifications.

2/ Sur le terrain lors de la course

– Évaluation des conditions de la zone à l’instant où on y passe

Il faut contrôler la qualité de la neige quant au risque de coulée ou d’avalanche par rapport à des changements ponctuels et constatables sur le moment :

  • Y-a-t-il de nouvelles accumulations imprévues, des coulées récentes ?
  • Les conditions d’ensoleillement et la température ont-elles provoqué un réchauffement dangereux ?
  • La pente est-elle parcourue au-dessus et en-dessous avec un risque de surcharge ?
  • Suis-je à proximité d’une crête ?
  • Suis-je au-dessus d’une barre rocheuse ?
  • Y-a-t-il un risque d’ensevelissement important (ravin, cuvette…) ?
  • Y a t-il des crevasses et sont- elles bien visibles ou cachées par la pente ou par des ponts de neige ?

Selon les réponses à ces questions, on sera amené à prendre des mesures de précaution en modifiant le cheminement. En groupe, ce peut être une augmentation des distances de sécurité, l’indication d’un corridor de passage obligé (par exemple en cas de crevasse), la désignation de lieux d’attente en sécurité pour que tout le monde reste ensemble.

S’il y a une diminution de la visibilité (jour blanc, brouillard important), on peut être amené à modifier le trajet.

Arrivée des nuages

– Évaluation en continu au cours de la progression

En régime normal tout se passe bien

Le contrôle de l’horaire en continu assure le bon suivi de la course. Si ce n’est pas le cas, on se doit de modifier l’itinéraire pour ne pas finir trop tard.

Si on est en groupe large, on évalue quel est le niveau de fatigue, de discipline, la technique des participants (tout particulièrement des plus faibles) eu égard à la poursuite sans risque de l’itinéraire prévu.

L’application payante IPhiGéNie permet de suivre de la progression et d’en garder la trace. Si on part seul c’est un facteur de sécurité, car une personne référente peut suivre la progression où qu’elle soit.

En cas de problème

Évaluation de la situation

En cas d’événement imprévu de type chute, blessure, perte de matériel, avalanche, etc., il faut évaluer la gravité, voir si on a de la marge en temps, si on a une voie de sortie plus courte, – ou pas – . Les réponses à ces questions permettent de juger si une solution autonome est possible ou si appeler les secours s’impose.

Alerter des secours

Composer le 112,  numéro d’urgence européen (gratuit , fonctionne sur tous les réseaux disponibles) ou spécifiquement à Chamonix le 04 50 53 16 89  (ligne directe du PGHM de Chamonix).

Procédure à suivre :

  • Je me présente et donne mon numéro de téléphone.
  • Je donne ma localisation  : massif, sommet, altitude, versant, course effectuée, coordonnées GPS.
  • J’explique l’accident (nature, circonstances).
  • Je préciser le nombre de victimes, le sexe, l’âge et les blessures dont il(s) souffre(nt).

Des informations diverses  peuvent m’être demandées :

  • Quelle est la météo sur place? (vent/nuage) et présence d’éventuels obstacles (falaise, forêt).
  • Quelles sont les couleurs dominantes de mes vêtements ? Ai-je un moyen de signalisation ?

3/ Un exemples d’accidents par avalanche

A ce sujet, pour la nivologie, on consultera l’article Évaluation du risque d’avalanche. Nous nous limitons ici à la conduite de la randonnée.

– Exemple d’une avalanche de plaque dans le Valais

Alors qu’ils progressaient à une altitude d’environ 2700 m, une plaque à vent s’est détachée en amont et a entraîné les randonneurs (source : police cantonale du Valais ; Suisse).

Analysons la situation avec la méthode de conduite de randonnée et d’évaluation du risque d’avalanche.

Les randonneurs ont progressé à l’abri des éperons rocheux. Puis, ils se sont engagés vers la gauche dans le couloir de montée situé au milieu du massif. L’avalanche est partie au dessus d’eux.

Sur place au tout début, auraient-ils pu estimer que la situation nivologique n’était pas favorable ? Ils ont pris les remontées mécaniques jusqu’à la piste du Prilett, avant de s’engager dans le secteur. En approche, au vu des pentes chargées, ils auraient pu hésiter mais, sans renseignement préalable sur le vent et l’épaisseur de la chute, la décision était difficile.

Devant le risque dû aux pentes raides sommitales très raides, les participants auraient pu choisir un cheminement plus sécurisé (par exemple en restant à l’abri des éperons rocheux, puis en allant vers les pentes plus faibles de droite). Mais c’est discutable, car le vent a aussi formé des plaques dans ce secteur dans des endroits très pentus. Là aussi, décision difficile.

Évaluation des conditions sur zone : pendant la montée, une fois engagés, il était impossible de prévoir l’avalanche. Depuis l’endroit où les randonneurs évoluaient, rien ne pouvait alerter par rapport à un départ se situant très au dessus d’eux. Plus de décision préventive du risque possible à ce stade.

Suspecter la possibilité d’une avalanche aurait été possible durant la phase préparation. En effet, le risque annoncé dans ce massif Suisse était de 3, la neige était ventée et les pentes vers les sommets importantes (45°). La méthode simplifiée de réduction des risques dit que, dans le cas de risque 3, il faut « skier dans des pentes inférieures à 30° et ne pas s’exposer à des pentes à plus de 35° ou 40° « . En outre, ils ont négligé que la neige était ventée, ce qui augmente le risque.

La prévention aurait pu être faite lors de la préparation de la randonnée, à condition d’avoir tous les renseignements nécessaires. Les skieurs auraient pu, à ce moment et en se concertant, choisir une autre destination moins exposée.

– Exemple d’un coulée ensevelissante en hors-piste de proximité

La vidéo ci-dessous illustre une coulée de neige fraîche déclenchée par un skieur dans un hors piste. Ça se passe sur le domaine de Balme par risque 3, le lendemain d’une chute de neige. Il fait plutôt beau, les hors pistes sont tentant. Un enfant est parti seul en hors piste dans une combe faite par un torrent partiellement recouvert. Source : La Chamoniarde.

Phase de préparation la veille, ou bien sur place, au début : l’adulte aurait du rappeler aux enfants l’existence d’un risque du à la neige fraîche ( voir : Le risque d’avalanche ), qui implique de ne pas aller sur des pentes de plus de 30° ou dans une combe exposée et de ne pas faire crouler la neige. Surtout, il aurait du notifier qu’un groupe ne doit pas se séparer.

Sur zone : l’enfant est parti seul. Il n’a pas vu qu’il skiait dans un goulet se rétrécissant, que la neige sur les bords était fraîche et pulvérulente. Il a atterri dans un trou du torrent en faisant crouler la neige, ce qui provoqué la coulée.

Dans le cas précédent les décisions étaient difficiles à prendre, mais dans le cas présent elles étaient simples : on ne s’engage pas dans un goulet étroit avec une neige fraîche et croulante et on ne laisse pas un membre du groupe seul. Cela s’est produit à cause d’un manque de préparation et de coordination de la famille. Par contre l’équipement de sécurité a permis de sauver l’enfant.

Skier heureux !

Ce bref topo sur la conduite d’une randonnée à ski essaye de répondre à trois nécessités : la préparation du matériel indispensable, le repérage et l’orientation géographique, la diminution du risque (en tenant compte de ce que la montagne enneigée est changeante).

En randonnée à ski, les contraintes sont importantes, mais le jeu en vaut la chandelle. On peut ainsi jouir de la beauté de la montage et du plaisir de skier dans un espace naturel préservé, loin de l’agitation des pistes.